Les défibrillateurs automatiques externes sont de plus en plus présents dans l'espace public et les entreprises. Mais un DAE visible ne suffit pas : encore faut-il que quelqu'un ose l'utiliser.
Les registres publics et les initiatives cantonales montrent une progression du nombre de DAE accessibles. C'est une excellente évolution, mais elle ne règle pas à elle seule le délai d'alerte, la localisation exacte de l'appareil et la capacité du témoin à agir.
Ce n'est donc qu'une partie de la réponse. Dans un arrêt cardiaque, les premières minutes dépendent surtout du témoin : reconnaître, appeler le 144, commencer les compressions et envoyer quelqu'un chercher le DAE.
Le paradoxe suisse
Le paradoxe est simple : plus les appareils sont nombreux, plus l'écart entre équipement disponible et geste réel devient visible. Comment l'expliquer ?
Trois freins reviennent souvent en formation :
- Le DAE est mal localisé. Le témoin sait parfois qu'il existe un appareil, mais pas exactement où il se trouve ni s'il est accessible.
- L'utilisateur potentiel ne connaît pas le fonctionnement. Il ignore que le DAE guide vocalement et analyse lui-même le rythme cardiaque.
- L'utilisateur potentiel n'ose pas. La peur de mal faire retarde souvent l'action.
« Un défibrillateur ne remplace pas un témoin formé. Il lui donne un outil pour agir plus vite. »
Le problème de la paralysie face au geste
En formation, deux questions reviennent souvent : "Est-ce que je peux faire du mal ?" "Est-ce que je vais être poursuivi si ça tourne mal ?"
La réponse opérationnelle est plus simple que la peur : alerter le 144, suivre les instructions, commencer les compressions et utiliser le DAE s'il est disponible. Le droit suisse prévoit par ailleurs une obligation de porter secours dans certaines situations (art. 128 CP). Le bon réflexe n'est pas d'improviser un geste héroïque, mais d'agir raisonnablement et sans délai.
Les pays qui forment largement la population aux gestes de réanimation montrent une réalité utile : la répétition rend l'intervention plus naturelle. Ce n'est pas seulement une question d'équipement. C'est une question d'habitude collective.
Ce qu'il faudrait faire
Une politique sérieuse de premiers secours en Suisse devrait reposer sur trois piliers :
- Initiation progressive au BLS dès l'école, adaptée à l'âge des élèves et répétée régulièrement.
- Une généralisation des incitatifs pour les entreprises afin de former une part majeure de leurs équipes sur le temps de travail, avec un recyclage biennal.
- Une clarification publique simple pour rappeler quoi faire, qui appeler et pourquoi l'inaction fait perdre un temps précieux.
Ce que vous pouvez faire
En attendant que la politique avance, voici ce qui dépend de vous :
- Suivez une formation BLS-AED-SRC une fois. C'est 4 heures de votre vie. Ça peut sauver celle d'un autre.
- Recyclez-vous régulièrement. Les recommandations et les réflexes pratiques doivent rester frais.
- Repérez le DAE le plus proche de votre lieu de travail, de votre domicile, et de votre arrêt de bus habituel. Sachez où il est avant d'en avoir besoin.
- Parlez-en à vos enfants, à vos parents, à vos voisins. La culture du geste se construit aussi par les discussions ordinaires, avant l'urgence.
Un DAE à proximité est une chance. Mais sans témoin formé, il reste une boîte sur un mur. À nous, en tant que professionnels, parents et citoyens, de transformer l'équipement disponible en geste réel.
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